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L'ancien mode de production

Deuxième étape : l’affinage et la commercialisation du Livarot

Deux fois par semaine, la fermière se rendait au marché pour vendre ses produits. Elle payait un droit de place. Elle amenait les Livarots en blanc, de quelques jours, en caisse de trente-six, mis en rouleaux c'est-à-dire accolés sur la tranche. Le fond des caisses était recouvert de paille ou de seigle pour éviter les chocs et pour que les fromages ne collent pas à la caisse.

Les marchés les plus rayonnants à l'époque avaient lieu dans les villes de Livarot, de Vimoutiers et de Saint Pierre sur Dives sous ses célèbres halles.

Les affineurs passaient fixer les prix en fonction de la qualité des fromages. Il existait une sévère concurrence entre les acheteurs. L'unité de vente était la douzaine. Les affineurs emportaient alors environ 30 caisses de Livarots sur leurs carrioles, empilées sur des planches recouvertes de toile de lin.

Halles de Saint Pierre sur Dives


Au gré des saisons …

En automne, les affineurs faisaient des réserves pour l'hiver et emportaient donc plus de caisses grâce à un système astucieux : ils fixaient un long panier (resse) sous leur carriole.


Le rôle de l'affineur était essentiel. Il salait le fromage au sel sec et le laissait se ressuyer en hâloir, local bien ventilé où la température avoisinait 15°C. 15 jours plus tard, les Livarots étaient transférés en cave d'affinage où ils restaient entre 3 et 5 mois. Lavés, frottés et retournés 2 à 3 fois par semaine, ils acquéraient leur goût et leur texture typiques. Au bout d'une dizaine de jours, ils étaient liés, c'est-à-dire ceints de feuilles de laîche, plante des marais. Le liage évitait que le fromage (pauvre en matière grasse) ne s'affaissât au cours de l’affinage.

Avant commercialisation, l'affineur lavait parfois les Livarots à l'eau additionnée de rocou, colorant naturel, afin de lui donner une teinte orangée.

Les affineurs vendaient leurs fromages sur place ou les expédiaient par voie ferrée depuis les gares de Lisieux, de Livarot (inaugurée en 1881), de Saint Pierre sur Dives, de Vimoutiers, du Mesnil Mauger, de Mézidon... vers Paris, Rouen, la Bretagne et la Vendée.

Les halles de Paris jouaient un rôle important. Ouvertes tous les jours, elles offraient une place de choix aux Livarots.


Gare de Livarot
Carte postale, coll J. Harivel.

L’organisation de la filière de production de Livarot se modifia progressivement. Quelques fermiers entreprenants agrandirent leur laiterie et en firent des entreprises artisanales. Ils maîtrisaient alors l’ensemble de la production et de la commercialisation de leurs fromages.

Le 19ème siècle marque l'apogée du Livarot. L'élevage laitier se développe dans le Pays d'Auge prenant le pas sur les systèmes mixtes de labour, de bêtes d'embouche et laitières et de chevaux.

En 1877, on compte 200 affineurs ou caveurs et 4,5 millions de Livarots fabriqués. C'est alors le fromage le plus consommé en Normandie, la viande du pauvre, à un prix compétitif.

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